Il y a quelques semaines se tenait la 5e édition du Festival Plein Champ à Villetaneuse. On voulait vous partager en quelques mots ce qui s’y est joué, même si la richesse des échanges et l’incroyable ambiance qui y a régné tout le week-end est difficile à restituer !
Cette année encore, ce festival articulant cinéma et écologie populaire a rassemblé de nombreux.ses habitant.es, collectifs et associations autour d’une programmation mêlant projections, discussions et pratiques collectives en tout genre et pour tous les publics, au sein d’espaces dédiés à l’agro-écologie participative dans les quartiers sud de la commune de Villetaneuse. Véritable temps fort de l’année pour l’association, ce festival est un concentré de ce qu’elle tend à faire pendant le reste de l’année : créer des cadres collectifs de transmission à travers une écologie populaire et le cinéma de proximité.
Le festival s’est ouvert le vendredi 20 septembre en fin d’après-midi avec une programmation déjà très dense ! Entre lancement du chantier de phyto-épuration, atelier sur le soin des organes féminins par les plantes et fabrication de masques d’humanimaux… S’en est suivi une discussion avec la sociologue Geneviève Pruvost autour de la “subsistance au quotidien” et des vies qui s’inventent et se fabriquent à la marge de nos sociétés capitalistes. Cette discussion a donné lieu à de très beaux échanges où les modes de vie alternatifs décrits par G. Pruvost faisaient échos avec les passés paysans de certaines personnes présentes. La soirée s’est finie avec la projection de La Petite Bande de Pierre Salvadori, qui a ravi petit.es et grand.es, malgré quelques imprévus météos et logistiques ! Cliquez ici pour voir les photos du vendredi.
Le samedi 21 septembre, la thématique “habiter et jardiner contre la métropole”, avait pour but d’ouvrir des perspectives critiques sur la notion de métropole et les dynamiques en cours dans la banlieue nord de Paris tout en donnant à voir des lieux et des luttes qui tentent de leur résister. La projection du film Push de Frederik Gertten en début d’après-midi était une manière de planter le décor, avec ce documentaire d’enquête sur les logiques de spéculations immobilières en ville et leurs conséquences désastreuses pour les habitant.es. L’après-midi s’est joyeusement poursuivie entre un atelier pour imaginer sa ville rêvée en maquette, la création d’un fanzine particulièrement inspiré pour “dézinguer” la métropole, un jeu de société sur le droit à la ville pour les animaux, la projection du documentaire La Terre des vertus sur les jardins d’Aubervilliers, en présence du réalisateur Vincent Lapize et de membres du collectif de ces jardins. Une discussion très riche et foisonnante sur la thématique de la journée s’est ensuite tenue sur “la place du village” du festival, avec des membres des collectifs de la JAD (Jardins à Défendre) et de Plaine Tempête, Antoine Guironnet (chercheur en études urbaines) et Jade Lindgaard (journaliste et autrice de l’ouvrage “Paris 2024, une ville face à la violence olympique”) ont ainsi pu partager leurs travaux et expériences (la discussion a été enregistrée par FPP et est disponible ici). Le soir était projetée Une île et une nuit, une très belle fiction collective réalisée au cours des deux dernières années par les habitant.es et usagèr.es du Quartier Libre des Lentillères, lieu autogéré s’étendant sur les dernières terres maraîchères de la ville de Dijon. Cliquez ici pour voir les photos du samedi.
La journée du dimanche était elle placée sous la thématique “des écologies locales et décoloniales”, avec l’objectif principal de faire émerger des points de vue écologiques issus des quartiers populaires et des pays du Sud. Le programme a débuté par un atelier d’aromathérapie décoloniale, autour des usages des huiles essentielles, souvent problématiques en termes d’exploitation des sols, des plantes et des humains qui les fabriquent. Une après-midi d’ateliers et discussion était ensuite proposée, avec entre autres intitulés, “La feuille de coca n’est pas de la cocaïne”, un stand de découverte du terroir africain avec la coopérative Nyasso, un temps d’échanges avec l’association A4 et du collectif Reprise de savoirs. Côté cinéma, le film A qui appartient la terre a ouvert l’après-midi, avec une interview de la réalisatrice Hông Lê Doàn suite à la projection. Une avant-première du film Voix croisées – Xaraasi Xanne de Raphaël Grisey et Bouba Touré s’est ensuite tenue au chapiteau, en présence de Soso Soumaré et de membres du collectif A4, donnant lieu à une discussion sur comment puiser dans l’histoire des écologies décoloniales et des parcours de migrations l’inspiration de pratiques émancipatrices. Cliquez ici pour voir les photos du dimanche!
En plus de ces journées thématiques, quelques représentations de spectacle vivant sont venues ponctuer le festival. Avec notamment samedi et dimanche, deux propositions de contes pour petits et grands qui ont pu enchanter les oreilles des spectateurs… Et le dimanche, une performance ornithologique (danse, textes et chants d’oiseaux) est venue occuper une partie du jardin, pour le plaisir du public! La journée s’est finie sous une pluie battante mais en musique – nous rappelant vaguement quelques souvenirs de l’année dernière… – avec DJ Jaguar Sudaka et DJ Nahuen venus nous ambiancer avec leur sélection reggaeton pour clôturer cette cinquième édition en beauté!
Les festivalier.es venus de près ou de loin ont aussi pu profiter tout au long du week-end des rendez-vous habituels à Plein Champ : l’atelier d’auto-réparation de vélo, l’espace bien-être animé par l’association Fun Etre sur l’Île pour s’initier à la naturopathie, la séance de Yoga du dimanche matin, l’émission réalisée sur place par la radio locale LBS Fm (l’émission est disponible ici), le délicieux stand du collectif du Ver Galant , le stand des tisanes et préparations végétales des champs ouverts et le coin des enfants.
Les associations et collectifs venues présenter leurs activités ont également enrichi le festival, multipliant les approches et les ressources autour des thématiques du week-end.
Merci au collectif des Jardins des vertus, à l’association Des Cris des Villes, au collectif Plaine Tempête et aux Soulèvements de la Terre, aux Scotcheuses, aux Editions de la Lenteur, à la coopérative Nyasso, à l’association A4, au collectif Reprise de Savoirs, à l’association PMAV, aux Vélos de la brèche, à l’atelier vélo nomade de Saint-Denis, aux compagnies À-Corps trouvés, Des papillons dans le ventre et Par Has’Arts, au collectif des Pirates des Lentillères et à Synaps collectif audiovisuel.
Merci à la Cantine des Femmes Battantes et aux associations Villetazami et Kania pour les délicieux repas savoureux.
Merci également aux contributeur.ices à la campagne de financement participatif et à l’ensemble des nos partenaires et soutiens matériels et financiers*, et au média Reporterre, notre partenaire presse pour cette édition.
Nous tenions aussi à remercier chaleureusement la super équipe de bénévoles qui était présente du jeudi au dimanche pour installer et décorer les parcelles, tenir le bar, servir les repas, déplacer du gravier et toutes sortes de choses ou monter et démonter des barnums à la chaîne pour se rassurer de l’arrivée de la pluie… Merci pour les belles énergies que vous avez ramenées au jardin, nous n’aurions pas pu faire ce festival sans vous! Retour en photos ici…

Plein champ est surtout une formidable occasion d’expérimenter, de créer de nouveaux liens, de faire se rencontrer plein de nouvelles personnes et de nouvelles idées, ce qui s’est encore illustré à merveille lors de cette édition.
Tout au long du week-end, on pouvait sentir les liens qui se renforcent et qui se trament aux quatre coins du jardin, entre collectifs et personnes qui oeuvrent pour vivre la ville autrement, se réapproprier et transmettre des savoirs, inventer de nouvelles manières de se lier à son milieu et aux vivants…et résister à la métropole qui s’agrandit! Suite à la prochaine édition…
* Le festival a été soutenu en 2024 par la mairie de Villetaneuse, l’appel à projet Fabrique d’avenir de Plaine commune, par le dispositif Quartiers d’été -politique de la ville- et par l’APES.